éditos

Edito de Marc-Antoine Jamet
Maire de Val-de-Reuil
Les preuves de l'existence du lieu 

 On peut avoir des intuitions. On peut avoir des certitudes. Il en va ainsi de l’existence de Dieu, de la réalité d’un amour, de la vie sur Mars. En moins d’une saison, l’utilité (par avance je prie chacun de bien vouloir excuser ce mot grossier...) du Théâtre de l’Arsenal est passée de la première à la deuxième catégorie. Il était nécessaire à Val-de-Reuil. Il lui est devenu indispensable. Définitivement.

On pourrait multiplier les preuves de ce statut exceptionnel. La plus objective repose sur une fréquentation. Redoublant de trivialité, j’allais même - trop concrètement - parler de taux de remplissage. Il est vrai que si on vote, parfois, avec ses pieds, on se cultive généralement avec sa tête et son cœur. Trop grande, trop vaste, trop belle, héritière des Chalands et de leur exiguïté, il était prétendument écrit que jamais nous ne parviendrions à remplir l’Arsenal. Foin de jauge, chaque représentation, a fait salle comble mixant allègrement publics proche et lointain et, pendant une année, des milliers de mains sont venues applaudir un superbe lever de rideau.

Second élément, suffisamment rare pour être remarquable : la compétence et l’intelligence ont rapidement donné un ton et un esprit à notre théâtre. Par sa programmation et sa convivialité, nouveau venu - qualité inégalement prisée sous nos horizons - il a, sans difficulté, trouvé sa place en Normandie. Une place singulière et une voix qui l’est tout autant, celle d’un centaure danseur et comédien. On attendait d’ailleurs de notre double direction un pugilat. Ce fût le concordat. Le mélange Boivin/Lazennec est assurément riche. Excellent pour notre moteur intellectuel, il a rempli toutes ses promesses d’éclectisme, d’humour et d’originalité. Aucun de ces ingrédients subtils n’a manqué aux soirées qu’ils ont harmonieusement concoctées. Je veux les remercier d’en avoir usé avec générosité.

Troisième atout, certainement pas le dernier, l’Arsenal est devenu un repère pour la Ville. Il a attiré des habitants. Il structure un quartier nouveau. Il dit une ambition. Il vit désormais aussi en dehors de tout spectacle. Célébrer le jubilé d’un jeune photographe, danser le hip-hop, écouter les sons du Caméléon, tout est prétexte à y faire la fête. On y invite les voisins, les riverains, les amis. Il n’est pas jusqu’à Hermès Sellier, maison d’une belle notoriété, sérieuse et appliquée, qui vienne y fêter la récente implantation rolivaloise d’un de ses ateliers. C’est un endroit où on se trouve et se retrouve, où l’on s’écoute et se parle, où l’on s’aime et on aime.

Car, là, est le plus important. Les temps sont durs et les loups de nouveau sont entrés dans nos vies. A la République, pour résister, il faut des forums. A la laïcité, pour se perpétuer, il faut des piliers. Le spectacle, le spectacle sous toutes ses formes, est une réponse à la violence. Y compris à celle des attentats. Parce qu’il apporte des interprétations et des songes, des idées et des émotions, l’art, le drame, le geste, la littérature, vont à l’encontre de la simplification qu’exigerait la radicalisation des consciences. Ils font reculer la peur, la haine, l’ennui. Ils projettent de l’interrogation, de la complexité, de la remise en question bien au delà d’une scène ou, même, du dernier rang des fauteuils. Un jugement dès lors. Il peut être politique. Ceux qui diminuent les aides, les subventions, les soutiens ont tort. Ils pensent construire un rempart. Ils creusent des tombeaux.

Marc-Antoine JAMET, Maire de VAL-DE-REUIL. Septembre 2016.

 

Edito des directeurs
Ce qu'il faut d'illusions

« Le Barbare ? c’est celui qui croit en la barbarie ». ( Levy Strauss). En cette « seconde première saison » où s’ouvre un nouveau théâtre, à quoi - nous, vous - croyons nous ? « Mozart et les lynxs qui ne servent à rien et dont on ne peut pourtant pas se passer » disions nous l’automne dernier pour l’inauguration du Théâtre de l’Arsenal. Oui, poursuivons sans relâche, avec juste ce qu’il faut d’illusions, ce que d’autres, bien avant nous et dans des situations parfois bien plus insupportables, ont eu le courage d’inventer. Rendre ainsi nos regards sur ce qui fait nos vies, à chaque occasion, revigorés, lucides, étonnés et partageables si possible par le plus grand nombre. Un théâtre nouveau, c’est un immédiat présent, nourrit, quoiqu’on en veuille, de tant de traces fécondes, qui ont construit la Danse Contemporaine, les musiques et le Théâtre d’aujourd’hui.
Aussi d’immenses chorégraphes, metteurs en scènes, auteurs, compositeurs seront présents dans cette saison, aux côtés de premiers spectacles de très jeunes artistes. Des assemblages qui nous ressemblent tous un peu, et vous surprendront sûrement. La Danse, qui verra sa place renforcée par le soutien d’un Conventionnement par Ministère de La Culture, ouvrira avec une œuvre culte de Maguy Marin; Peter Brook, rien de moins, l’aura précédé de peu avec un récit millénaire. D’autres illustres prédécesseurs investiront ce superbe nouveau navire, où cette année la musique plus particulièrement dans son rapport plus étroit aux diverses formes du spectacle vivant trouve une place de choix, tandis que seront proposés des rendez-vous ambitieux pour le Jeune Public tout au long de la saison.

Cependant un théâtre, au delà des jours de représentations, se doit d’être un lieu ouvert aux artistes et aux publics sous d’autres formes que vous découvrirez au fil des mois: spectacles et ateliers participatifs, sorties de résidences, visites du théâtre, programmation hors les murs, les occasions seront nombreuses et très diverses. Regardez bien il y aura des surprises.

Enfin, dans cet exercice éditorial où l’émotion et la raison se doivent de balancer dans des mariages volontiers périlleux, formulons un vœu; que la part d’ombre et de mystère de chacun ait aussi toute sa place. Et de cela, de ce qui nous échappe, nous ne pouvons bien sûr rien en dire, et c’est tant mieux. Là se niche l’expérience de l’Art Vivant qui nous réunit, et parfois, osons le dire, nous enchante.

Dominique Boivin - Jean-Yves Lazennec. Septembre 2016.